Onsighting Astroman, Yosemite

2015

Je suis au siège de Mammut à Seon et on me demande soudainement si j'ai une semaine de libre dans 10 jours et si j'ai déjà grimpé le Nose. Au début, je ne fais pas le lien, car le Nose se trouve au Yosemite, ce qui est sacrément loin. Mais c'est bel et bien de cette voie qu'il s'agit... et dix jours plus tard, je suis déjà dans l'avion de Zurich à San Francisco avec mon coéquipier Mammut, Stephan Siegrist. J'ai du mal à y croire. L'organisation a été très rapide et spontanée et je suis impatient de faire mon premier voyage en Amérique du Nord.

De l'aéroport, nous partons directement pour la vallée de Yosemite, où Whit Magro du team Mammut USA et Jason Thompson, le photographe, nous attendent. Notre projet est énorme et nous sommes extrêmement motivés, si bien que nous préparons tout notre matériel dès le lendemain matin. Mais en réalité, les prévisions météorologiques pour les jours à venir ne sont pas aussi bonnes que prévu, ce qui signifie que nous devons attendre un peu avant de commencer. Nous profitons de ce temps pour grimper des voies de fissure d'une longueur, lorsque le temps le permet. Malheureusement, la météo se dégrade de plus en plus et nous devons faire face à beaucoup de pluie. Les espoirs de réaliser notre projet de film s'amenuisent peu à peu, hélas ! Cela nous oblige à passer beaucoup de temps avec les rangers du parc pour décaler notre permis de tournage. Beaucoup de bureaucratie.

Mais nous finissons par avoir au moins une journée de temps stable, ce qui nous permet de tenter une voie plus longue. Sur les conseils de notre local, nous optons pour Astroman, un classique du Yosemite sur la Washington Column. Les premières longueurs ressemblent à des fissures parfaites et je suis donc motivé pour commencer tout de suite en tête. Comme nous sommes trois, notre plan est de changer de leader toutes les trois longueurs.

Je dois lutter contre les bras qui tetanisent, mais je parviens tout de même à grimper les trois premières longueurs à vue. Génial ! Les gars sont impressionnés et me motivent pour une tentative à vue de la voie complète. Je reste donc au bout de la corde, moi le "Rookie" de l'équipe, suivi par deux forts grimpeurs qui m'encouragent. C'est de la folie ! Je n'aurais jamais pensé que cela m'arriverait un jour !

La longueur suivante est le fameux Harding Slot, où je dois enlever mon casque pour passer dans ce goulet étroit. Mais le plus dur, c'est d'y entrer : mes pieds glissent sur la paroi lisse et je pousse de toutes mes forces contre elle pour ne pas tomber. Enfin, je suis coincé dans le goulet. Il faut maintenant décrocher le matériel du baudrier et me hisser lentement vers le haut, ce qui sollicite tous les muscles de mon corps. J'arrive au relais suivant assez épuisé, mais heureux.

Malheureusement, je n'ai pas beaucoup de pause, car Whit me rejoint rapidement et nous continuons déjà. La longueur suivante me met aussi à l'épreuve : je dois m'y reprendre à plusieurs fois pour passer un petit toit, ce qui me fait presque perdre l'équilibre. Au relais, je suis complètement vidé, mes espoirs d'un enchaînement complet de la voie s'amenuisent. De plus, la longueur suivante est censée être encore difficile. Mais nous sommes d'abord obligés de faire une pause, car c'est ici que se trouve la dernière possibilité de rappel et la pluie s'approche dangereusement. J'angoisse, car je veux absolument continuer à grimper cette super voie, maintenant que je me suis battu pour arriver jusqu'ici.

La pause me fait du bien, après une barre énergétique et un peu d'eau, je me sens tout de suite mieux et, par chance, la pluie se détourne. C'est reparti, concentration maximale pour les derniers mouvements vraiment difficiles : d'abord quelques mouvements de bloc sur de petites prises, puis une fissure étroite bizarre d'où je dois me pousser par-dessus une arête vers une dalle, et enfin un système de fissures jusqu'au relais. Ce n'est pas facile, mais ça passe - Youpi !

Ensuite, encore une longueur avec une fissure large avant de devoir rassembler tout mon courage pour maîtriser la dalle exigeante de la dernière longueur. Elle n'est pas seulement technique, elle est aussi difficile à protéger. Je parviens effectivement à garder la tête froide et à sortir au sommet sans tomber. Là-haut, j'ai du mal à y croire : j'ai enchaîné à vue Astroman, un classique notoire du Valley ! Et en plus, c'est ma première voie ici. Alors que tout le monde dit toujours qu'en tant qu'Européen, on ne peut rien grimper ici au début. Je suis plus qu'heureux d'avoir pu grimper une telle voie dans le style le plus pur. Merci aux deux autres de m'avoir permis de le faire et de m'avoir suggéré l'idée.

Après une semaine, nous rentrons chez nous sans notre grand projet, mais tout de même heureux d'un autre succès. La réalisation du grand projet, filmer le Nose avec des caméras 360°, nous réussit quelques semaines plus tard lors d'une action passionnante et épuisante de 2,5 jours.